Août 2014 : Alaska – Pays des ours bruns (2ème partie)

La seconde étape de notre voyage nous attend, direction le parc national de Lake Clark et Silver Salmon Creek Lodge. Cette fois-ci nous ne partons pas de l’aéroport, mais de l’aérodrome. Décollage sur une petite piste en gravier pour un vol de 1h30 environ à bord d’un Beaver de 1952, piloté par un petit jeune de 22 ans… rien de très rassurant mais au final tout s’est bien passé…  Atterrissage sur la plage, à marée basse, le pilote ne dispose que de deux créneaux de quelques heures chaque jour pour se poser. Si un soucis technique ou la météo met l’avion en retard, le risque de ne plus pouvoir atterrir compromet le départ.

Confortablement installé dans une belle petite cabane sur un site hébergeant une trentaine de personnes, nous passons quatre nuits sur ce lieu magique, très différents des chutes de Brooks mais particulièrement bien intégré dans son environnement. La côte est bercée par les marées, les zones marécageuses s’étendent à perte de vue et les montagnes majestueuses offrent un arrière-plan digne de nos belles Alpes. Différentes activités sont proposées, les guides sont présents pour accompagner les observateurs et autres photographes alors que certains sont venus ici pour la pêche au saumon. La grande migration n’est pas encore arrivée dans cette zone qui n’abrite pas les Sockeye comme à Brooks mais les saumons argentés. Parmi les quelques variétés migrant dans le Pacifique, ceux qui se rendent ici n’arriveront que fin août. Mais quelques-uns sont déjà dans la région.

Nous avons donc complètement changé de type de photo. Nous croisons autant des grands ours mâles que des mères avec leurs petits, ce qui n’était pas le cas à Brooks Falls, car les petits sont bien trop en danger lorsque les mâles solitaires sont présents. Les espaces étant bien plus grands, il y a assez de place pour tout le monde sans que les petits ne courent trop de risques. La météo est plus « côtière ». La brume du matin, parfois épaisse, nous laisse deviner les silhouettes d’ours se mouvant lentement. Ils apparaissent et disparaissent tout aussi vite, cette ambiance mystique est envoûtante.

Le programme photo est bien chargé ici aussi. Pendant cinq jours, environ douze heures par jours à pister et photographier les ours. Mais le lieu est idyllique, les observations nombreuses et les jours défilent à grande vitesse. Une des observations les plus marquante est probablement une spécificité de la région, les ours bruns de la côte (contrairement aux grizzlis qui vivent plus dans les terres), ne s’aliments pas uniquement de saumon, d’herbes et de baies de toutes sortes mais également de coquillages qu’ils dénichent dans le sable à marée basse (claming). Nos journées sont donc avant tout organisées autour du rythme des marées. Nous avons eu de la chance avec des coefficients assez importants. Voir ces ours de près de 600 kilos chercher des coquillages de quelques grammes et les extraire de leur coquille avec une telle dextérité est très surprenant. Assister à l’apprentissage de cette technique des jeunes oursons par leur mère l’est encore plus ! Attention au matériel photo cependant !

Le sol est instable, les trépieds s’enfoncent et basculent sans prévenir… l’eau de mer constitue un réel danger. Et les mouvements brusques sont déconseillés, surtout quand maman ours (environ 600 kilos) vient chercher un coquillage tellement prêt de votre trépied que l’appareil ne peut plus faire la mise au point. Là, on retient un peu son souffle, on sent quelques gouttes perler sur son front et le cœur qui bat la chamade… même si au final elle n’a que faire de ma présence, elle reste vigilante en permanence, ses deux petits rendent son instinct maternel plus réactif que jamais.

Une excursions de quelques heures en bateau en direction de Duck Island nous aura aussi permis de rendre visite à une colonie de Macareux pour y réaliser quelques photos très sympathiques de ces oiseaux atypiques. Perchés sur des falaises inaccessibles, il aura fallu jouer d’ingéniosité et de quelques acrobaties pour aller les photographier sans souffrir d’un trop gros effet de plongée et sans les déranger sur cette petite île.

Mais voilà, quatre nuits sont déjà passées, il est temps de remonter dans le Beaver qui nous ramène à Anchorage, de survoler une dernière fois ces paysages sauvages, faits de rivières et de montagnes à perte de vue et de rentrer à la maison. Sans aucun regret toutefois, car le voyage s’est parfaitement déroulé mais avec un brin de nostalgie parce que c’était vraiment une belle et intense expérience ! La rencontre avec les ours me laissera un souvenir impérissable.