Août 2014 : Alaska – Pays des ours bruns (1ère partie…)

Comme pour la plupart de mes voyages, c’est le potentiel photographique qui guide mes choix de destinations. Photo animalière ou de paysages, les deux quand c’est possible !

Bien entendu, partir pour de la photo animalière peut demander d’embarquer beaucoup de matériel, lourd de surcroît! La photo de paysage est un peu moins pesante sur le dos mais combiner les deux revient souvent à renoncer aux longues randonnées, à moins de pouvoir laisser une partie de l’équipement dans un lieu sûr.L’Alaska faisait partie des destinations que j’avais sur ma Bucket List depuis un petit moment, surtout pour aller y observer les ours bruns (environ 35’000 dans cette partie du monde) pêcher lors de la remontée des saumons qui reviennent de l’océan pacifique, en direction de leur rivière natale après un voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Et ça c’est le premier point impressionnant, toujours à la même période, toujours dans la rivière où ils sont nés !

Pour s’y rendre le plus simple c’est un vol directe, il n’y a pas beaucoup de choix, seule une compagnie offre une liaison entre l’Europe et Anchorage. Enfin quand je dis directe il faut entendre escale à Francfort.

Après 10 heures de vol et une nuit à Anchorage, direction l’aéroport pour un vol interne d’une heure environ en direction de King Salmon ou nous avons pris un hydravion pour un autre vol de 25 minutes en direction de Brooks Camp. Notre première étape étant le parc national de Katmai pour 3 nuits en camping sous tente.

Le premier site que nous avons choisi nous emmenait donc à la chute de la rivière Brooks (Brooks Falls). C’est un endroit connu des photographes et vidéastes. Un spot unique qui permet d’observer jusqu’à une vingtaine d’ours en train de pêcher les saumons qui tentent de franchir cet obstacle naturel pour retourner frayer sur leur lieu d’origine. On peut ainsi y observer bon nombres de techniques de pêche différentes, en fonction de leur âge mais aussi des emplacements disponibles. Les gros mâles dominants ne laissent pas leurs places préférées sans un réel affrontement auquel les plus jeunes auraient bien tort de s’essayer. En fonction des ours, de leur taille, âge, poids… il existe plusieurs techniques de pêche. Certains patientent au pied de la chute jusqu’à ce que le saumon leur passe entre les jambes, technique simple et efficace quand les saumons sont nombreux qui de plus ne demande qu’un minimum d’efforts. D’autres se positionnent en haut de la chute et attrapent les saumons en vol. Mâchoires ouvertes et pattes prêtes à frapper le premier poisson qui passe. Mais l’efficacité de cette technique impressionnante varie selon bon nombre de facteurs (emplacement du saut, niveau de l’eau, taille des saumons et des groupes qui se présentent à la chute et enfin expérience et âge des ours). Une autre technique consiste à avancer dans la rivière les yeux et le museau sous l’eau pour y attraper directement les proies (seules les oreilles restent en dehors de l’eau pour rester attentifs aux dangers environnants. La dernière dont les plus jeunes semblent particulièrement adeptes consiste à repérer un banc de saumon en se cachant à l’ombre des feuillages et courir après en sautant dessus. Cette technique demande en effet plus d’énergie et de mobilité, ce qu’un ours de 600 kilos fera plus difficilement qu’un individu de 400 kilos. Son succès dépendra plus de la rapidité et de l’agilité du grizzli que de sa force et de sa taille.

La migration annuelle des saumons régule bien plus que la vie des pêcheurs de cette région. Menacée un peu plus chaque année par la sur-pêche, elle conditionne non seulement la survie des différentes espèces de saumons mais également de nombre d’oiseaux et mammifères dont essentiellement le grizzli (mais aussi loups, renards, lynx…). Elle fait partie des mystères de la nature, comme la migration des gnous au Kenya et des papillons au Mexique.

A la sortie de l’hibernation (qui dure près de 6 mois), les ours ont perdu environ 50{e3b26738a8b6462ab2108ecfd539200c8dea6a7ea66a5852f799e3ca8e450554} de leur masse corporelle ! Et les quelques baies, herbes ou carcasses disponibles à la fonte des neiges ne reconstituent en aucun cas les réserves de graisses perdues pendant le grand froids. Le saumon est donc un plat de choix. Un kilogramme de saumon sauvage représente environ 1800 calories (l’équivalent de 9 cheesburgers). Un ours brun adulte peut ingurgiter jusqu’à 45 kilos de saumon par jour, soit environ 80’000 calories !

Au bord du lac Naknek, on croise tous les jours des ours sur la plage, là même où s’amarrent les hydravions… alors quand on arrive sur un chemin on fait comme avant de traverser une route… on regarde bien de chaque côté !! Mais à condition de respecter quelques règles de savoir vivre avec la nature, aucun problème avec les ours ! Prudence toutefois, un adulte atteint très rapidement la vitesse de 50km/h !

Du camp jusqu’à Brooks Falls, 2.5km de marche au milieu entre étangs, rivière et forêt ; au milieu des ours en liberté… cela va de soi. La chute quant à elle, est particulièrement bien orientée ; face au soleil le matin, la lumière dans le dos le soir, les possibilités n’en sont que plus nombreuses. Les plateformes d’observations sont bien aménagées et l’espace, même s’il est un peu réduit, permet tout de même de s’installer confortablement avec son trépied et un gros sac photo au sol.

Arrivé sur place le matin à 7h l’estomac vide (une des règles est l’interdiction formelle de transporter de la nourriture hors de la salle réservée aux repas), nous voilà donc en place à la chute pour 3-4 heures de photos intensives. Les ours sont au rendez-vous malgré le fait que le pique de la migration, qui peut voir jusqu’à 100 saumons par minutes essayer de franchir la chute, ait eu 3 semaines d’avance cette année (mi-juin). Les plus gros bancs de poisson sont déjà passés mais il en reste suffisamment pour tenter de réaliser quelques belles images.

En milieu de journée, retour à la tente pour un peu de repos et manger un morceau. Mais pas le temps de faire une sieste, l’idéal est d’être de retour à la chute vers 15h pour surveiller un peu l’évolution de l’activité avant de reprendre les photos de 16h à 22h environ. Puis on revient à nouveau au camp avant qu’il ne fasse trop nuit, pour des raisons de sécurité évidentes. Mais à 22h30 il est trop tard pour avoir un repas à la salle de restauration, il est donc temps de se poser sous la tente et de dormir, les deux jours suivants auront le même programme, il faut se ménager un maximum pour tenir la distance.

Au bout de presque quatre jours sur place, de belles images plein les cartes mémoires et de nombreuses observations qui nous laisseront des souvenirs impérissables, il est temps de reprendre l’hydravion qui nous emmènera à King Salmon pour la correspondance vers Anchorage ou nous attendent 36 heures de détente et de dégustation des produits locaux (saumon sauvage frais, bières…)

De plus une page dédiée avec le récit plus intégral de ce voyage ainsi que divers liens vers les sites internet des lieux où nous sommes allés sera prochainement disponible!