Août 2013 : Le Cervin & les Etoiles

Le 10 août dernier, un ami et moi avons profité de conditions météo exceptionnelles pour nous rendre à Zermatt avec une idée en tête : Photographier le Cervin sous les étoiles, sous la voie lactée plus précisément.

Température pas trop élevée, ciel parfaitement dégagé, presque aucune lumière lunaire et début des Perséides… (Les Perséides sont un essaim de météores (ou pluie d’étoiles filantes) visible dans l’atmosphère terrestre et constitué de débris de la comète Swift-Tuttle.

Cervin15_110813Arrivés en milieu de journée nous avons commencé par nous rendre au Stellisee histoire de prendre quelques repères et de profiter de ce temps parfait pour un petit pic-nic au bord du lac. En début d’après-midi, nous sommes descendus au Grindjisee pour un repérage. Nous avions en réalité l’intention de prendre quelques photos mais nous avons vite réalisé une fois au lac que le meilleur moment serait le matin. Après quelques photos tests au bord de ce lac nous sommes donc retournés au Stellisee. Bien entendu nous transportions avec nous tout le matériel photo et accessoires (filtres, trépied…) mais aussi tout le ravitaillement (eau, nourriture) ainsi que des vêtements pour ne pas avoir trop froid la nuit. Car si en journée il faisait près de 20C, la température annoncée pour la nuit était bien de 3C!

Nous sommes donc revenus au Stellisee vers 17h et pour notre plus grand bonheur, tout le monde était partis et personne d’autre n’allait nous rejoindre cette nuit là, un spot de rêve rien que pour nous! Enfin, quand je dis personne d’autre c’est sans compter un joli renard qui avait flairé l’odeur du saucisson prévu pour l’apéro! Quelle belle surprise que de voir un renard à moins de 20 mètres dans ces conditions. Nous n’avions malheureusement pas trop envisagé ce type de photo du coup le matériel adapté n’était pas dans le sac.

En début de soirée, l’heure de se ravitailler est arrivé et là j’ai compris pourquoi le sac à dos de l’ami Olivier était si lourd… il avait emporté le pain, le vin blanc, le fromage et le caquelon… Non ce n’était pas un rêve, nous étions bien en train de manger une fondue au bord du Stellisee, face à la plus belle montagne du monde! Un vrai moment de bonheur! Après ce magnifique repas l’heure était venue de préparer le matériel, sortir les appareils, trépied, lampe frontale et de faire quelques ajustements avant que la nuit ne tombe. Le temps aussi de sortir les vêtements chauds car dès la disparition du soleil, la chute de température a été particulièrement rapide.

Après le court passage d’un petit croissant de lune derrière le Matterhorn, les premières étoiles faisaient leurs apparitions puis ce fût, enfin, autour de la voie lactée! Quel spectacle incroyable que celui de ces centaines de milliers d’étoiles qui éclairaient le ciel de cette nuit absolument magique.

Nous avons donc pu profiter quelques heures de ces conditions de rêve avant que, subitement, un énorme banc de brouillard ne fasse son apparition. En moins de 30 minutes il avait tout recouvert. Nous qui n’attendions qu’une seule chose, que la voie lactée passe dans l’alignement de la montagne… voilà que subitement cette nuit magnifique allait devenir très longue et plutôt pénible. Il était 2 heures du matin et on ne voyait plus à 10 mètres!! L’air était froid et très humide, au point que la quantité de condensation sur le matériel nous obligeait à tout remballer. Le reste de la nuit, sans pouvoir faire la moindre photo alors que le but de cette sortie nous tendait les bras… fut long, très long. Pour nous occuper et ne pas avoir trop froid nous avons dû resté mobiles bien que la longueur de la nuit nous donnait vraiment l’envie de dormir et seul la visite régulière de notre petit renard nous permettait de garder les yeux ouverts. Car ce petit rusé au poil roux sera resté avec nous jusqu’à notre départ!

Vers 4 heures du matin nous avons décidé de rebrousser chemin pour retourner à l’arrivée de la télécabine à Blauherd en espérant que, peut-être, le hall d’arrivée serait ouvert et que l’on pourrait dormir à l’abri du froid. Mais la désillusion fût rude quand nous nous retrouvâmes devant les portes closes. Et il allait encore falloir attendre… la première cabine n’était qu’à 8h20. Et avec un brouillard pareil, hors de question de tenter une descente à pied!

Vers 6h00 du matin, alors que nous commencions vraiment à souffrir de la longueur de cette nuit, cette sortie allait prendre une nouvelle tournure! Un employé des remontées mécaniques fit son apparition et nous ouvra la porte. Après nous avoir expliqué que nous devrions attendre plus de 2 heures pour avoir une cabine il nous a demanda de patienter un bref instant, le temps de passer un coup de téléphone. C’est alors qu’arriva la délivrance! Un groupe de touristes chinois avait réservé une remontée privée en téléphérique jusqu’au sommet du Rothorn pour assister au levé du soleil. Et après consultation, le groupe allait accepter de nous faire bénéficier de leur remontée pour nous rendre, nous aussi, assister à ce spectacle! Après tout, tant qu’à attendre de pouvoir redescendre, pourquoi ne pas continuer par monter encore un peu?!

Nous avons donc embarqué dans le téléphérique qui était sur le départ et commencé l’ascension quand soudain… l’émerveillement le plus absolu!!! Nous venions de passer au-dessus de cette océan de brouillard quand tous les sommets alentours, encore plongés dans une douce lumière bleutée, firent leur apparition. Un enchantement pour les yeux. Et nos paupières qui ne tenaient plus vraiment ouvertes avaient tout à coup bien du mal à se refermer!!! C’est en courant que nous avons quitté le téléphérique à 3089m d’altitude (sans nous demander une seule seconde ce que les Chinois pouvaient penser de ces deux petits suisses bien pressés de voir une montagne à quelques kilomètres de chez eux) pour nous placer au bord de la falaise et installer les trépieds avant que le soleil ne perce. Le spectacle était, une fois encore, indescriptible. Des couleurs douces, teintées de bleu et de rose se mêlant au blanc de la neige et au gris du brouillard… nous avons vécu un levé de soleil comme nous n’en verrons que peu!

Alors que le premiers rayons du soleil franchissaient les sommets et que la plus belle montagne du monde entrait dans la lumière, il était temps pour nous de suivre le chemin des étoiles et de nous effacer. La route était encore longue avant de pouvoir goûter à un repos bien mérité.